DÉMARCHE & ANALYSE – Cahier de doléances des Bretons du XXIe siècle

La démarche

Avec les cahiers de doléances, les Bonnets Rouges ont initié une démarche qui s’inscrit dans la durée :

  • Recueillir les revendications et les espoirs des Bretons
  • Restituer l’aspiration populaire de façon synthétique et compréhensible par tous
  • Identifier les revendications consensuelles, qui structureront la Bretagne de demain
  • Porter ces revendications au niveau adéquat, ou les mettre en œuvre nous-mêmes

Cette démarche n’a rien d’extraordinaire. Elle devrait être à la base de toute construction démocratique. Dans le futur, on s’étonnera qu’il ait fallu attendre le XXIe siècle et le mouvement des Bonnets Rouges pour la mettre en place.

La plupart des contributions individuelles ou collectives contiennent plusieurs doléances, parfois jusqu’à 35. Sur 3000 contributions environ, nous avons compté plus de 14 000 doléances.

Nous avons encore des progrès à faire. Pour cette première série, nous avons omis de demander aux auteurs des renseignements sur eux-mêmes, ainsi que le droit de publication. Ce droit sera demandé pour les séries suivantes, afin que des personnes extérieures aux Bonnets Rouges puissent les consulter. Après tout, ça fait du bien à tout le monde d’écouter la voix du peuple.

L’analyse

A partir de l’ensemble des textes obtenus, nous avons utilisé plusieurs méthodes d’analyse, de façon que le résultat ne soit pas biaisé par une méthode particulière.

1-Classement en catégories :

Nous avons classé les doléances bretonnes en 4 catégories. Les catégories déterminent le type de message, et à qui la doléance est adressée.

  • Les cris. Ce sont des coups de gueule («Hollande démission !», «banquiers pourris !») ou des invectives qui ne sont adressés à personne en particulier («Re zo re !», «Vive la Bretagne libre !»).
    Les cris représentent 11% du total des doléances
  • Les témoignages. Ils décrivent une histoire personnelle qui illustre souvent une situation émouvante ou alarmante («Je suis aide-soignante et j’ai vu …»)
    Les témoignages représentent 4% du total des doléances.
  • Les revendications. Elles peuvent être adressées à des institutions (locales, régionales, étatiques, européennes) ou à des puissances économiques ou financières (banques, grandedistribution, …).
    Les revendications adressées à l’État français représentent 33% des doléances. Cela n’a rien d’étonnant, compte tenu de la centralisation des décisions dans le système politique que nous connaissons. Les revendications adressées aux pouvoirs locaux et régionaux représentent 29%, celles qui sont adressées à l’Europe 5% des doléances. Les revendications adressées à des puissances économiques ou financières représentent 2% des doléances.
  • Les pratiques responsables. Elles peuvent concerner un appel à tous les Bretons («Apprenons le breton à nos enfants», «Il faut des réseaux locaux d’épargne solidaire»…)ou à certaines catégories (paysans, écologistes, chefs d’entreprises, syndicalistes, jeunes, retraités,…)
    Les pratiques responsables représentent 16% du total des doléances

2-Classement en tags

Nous avons identifié 23 tags différents. De nouveaux tags peuvent apparaître avec de nouvelles doléances. Les tags se rapportent au contenu de la doléance.
Le travail a consisté, non pas à rapporter une doléance à un seul tag, mais à traduire les doléances en tags. Il faut généralement plusieurs tags pour traduire une doléance.

L’objectif, au fil des analyses futures, sera d’en arriver à un ensemble de tags le plus pertinent possible, un peu comme un chef de gouvernement définit des ministères.

Le tag le plus fréquent est «Un statut pour la Bretagne» (12% des tags). Les exemples étrangers (Länders allemands, Ecosse, Catalogne, Pays de Galles) sont cités dans 38% des cas.

Quasiment à égalité (11%) apparaissent:

  • «Fiscalité» (l’écotaxe étant citée dans 60% des cas)
  • «Réunification de la Bretagne». Ce tag apparaît le plus souvent dans la catégorie des «cris» et dans les contributions qui comportent plusieurs doléances. Il est alors présenté comme un préalable ou une condition de succès.

Ensuite, à égalité (10%) :

  • «Social, emploi, santé». C’est le tag sur lequel il y a le plus de propositions, d’appels aux Bretons et de témoignages.
  • «Identité bretonne». Il se présente sous deux formes, «Langue bretonne» d’une part, «Culture, éducation» de l’autre.

Ensuite viennent «Environnement, agriculture, mer» (8%) et «Dynamisme économique» (6%).
Si on fusionne le tag «Social, emploi, santé» et le tag «Dynamisme économique» en un seul tag «Prospérité et bien-être des Bretons», il arrive à égalité avec le tag le plus fréquent, «Un statut pour la Bretagne».

3–Nuages de mots

En voici 2, obtenus à partir des doléances
Nuage de mots
Nuage de mots

Les nuages de mots permettent de donner une impression d’ensemble, à partir des termes qui reviennent le plus souvent. Toutefois, selon le tri préalable (articles, adverbes, etc.) et la façon d’assembler les mots, ils vont se différencier. Ainsi, sur le second nuage, nous avons lié «5 départements» à «Réunification», ce qui fait que «Réunification» apparaît plus nettement.

4–Analyse informatique

(Merci pour sa contribution scientifique et technique au professeur Yannis Haralambous, enseignant-chercheur à Télécom Bretagne/LabSTICC et spécialiste de la fouille de texte)

L’analyse informatique permet de dégager des «communautés» dans les réseaux sémantiques. Elles correspondent à des associations d’idées que les Bretons établissent spontanément (par exemple la relation entre «emploi» et «entreprise», ou avec «politique»). L’analyse éclaire aussi les relations qu’ils font entre les différentes «communautés». Les «communautés» sont matérialisées par des zones coloriées. Les relations sont représentées par des lignes plus ou moins épaisses.

Nous avons exclus les mots «Bretagne», «Breton», «Breizh», qui se retrouvent partout. Nous avons conservé le mot «pays», mais il est utilisé avec différentes significations.

Sur l’ensemble des contributions:
«communautés» et relations obtenues en ne prenant que les noms qui apparaissent fréquemment.
communautés et relations obtenues

la même chose, en ne retenant que les verbes fréquents.
les verbes fréquents

Sur les contributions longues (de 829 à 27700 caractères)
(A priori, les contributions longues sont les plus réfléchies et les plus argumentées)
«communautés» et relations obtenues en ne prenant que les noms qui apparaissent fréquemment.
communautés et relations obtenues

la même chose, en ne retenant que les verbes fréquents.
verbes fréquents

D’autres graphiques ont été réalisés, selon la taille des contributions. D’autres encore analysent les cris, les revendications, ou les demandes qui s’adressent aux Bretons eux-mêmes. Le but ici n’est pas de faire une présentation complète de notre travail d’analyse, mais de passer à l’action en nous appuyant sur la volonté populaire.

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